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///   L'hydrodiplomatie, solution incontournable pour le Moyen-Orient ?

par Karl Demyttenaere le
Diplômé de Harvard, Fadi Comair a été d'abord au poste de PDG de l'Office National du Litani (ONL) puis directeur général des ressources hydrauliques et électriques. Expert sur les problématiques de l'eau, il a accordé une interview exceptionnelle à Ecomnews Med pour mieux comprendre cet enjeu majeur au Liban et dans la région.

Fadi Comair

Fadi Comair a été décoré en France de la légion d'honneur

Ecomnews Med : Pouvez-vous nous en dire plus sur l’évènement du 13 décembre auquel vous avez participé à Paris avec le Sénateur Olivier Cadic, représentant les français établis hors de France?

Fadi Comair : Nous avons déjà organisé le 1er décembre 2015 et dans le cadre des activités liées à l'adaptation aux défis du changement climatique, un séminaire portant sur « L'hydro-diplomatie pour la Paix au Proche Orient » au Sénat, en collaboration avec le Sénateur Olivier Cadic, représentant les français établis hors de France, ainsi que les Organismes du RIOB (Réseau International des Organismes de Bassin) et REMOB (Réseau Méditerranéen des Organisme de Bassin).

Dans ce sillage et lors de mon déplacement avec le sénateur Olivier Cadic au Liban et en Jordanie en Août 2016 dans le cadre de la visite pour une prise de contact avec les français établis hors de France, il a été convenu qu’une 2eme édition du colloque sur l’"Hydrodiplomatie et le changement climatique pour la paix au Moyen Orient" sera organisé le 13 Décembre 2016.

L’objectif de cette 2ème édition de ce colloque était de réfléchir à ces enjeux qui nous guettent et aux politiques d’adaptation pour les pays du Moyen-Orient pour faire face au changement climatique.

Le travail que nous avons voulu accomplir afin d’amoindrir les effets des dérèglements climatiques et environnementaux nécessitent de mettre en place une « feuille de route » avec des politiques d’adaptation pour la rive du Sud-Est de la Méditerranée.

Arbre Liban

Pourquoi, selon vous, cette question du Jourdain est essentielle pour la région au niveau politique et économique ?

Nous avons déclaré que tous les États riverains du Jourdain doivent collaborer positivement dans le but d’assurer une véritable politique de gestion de l’eau de ce bassin, basée sur un partage équitable et une utilisation raisonnable de la ressource.

Cela implique également que la problématique de l’eau dans le Jourdain est technique plutôt que politique et par conséquent tous les pays du bassin doivent avoir suffisamment d’eau pour assurer le bien-être social et la prospérité économique des générations futures.

Afin de satisfaire ces exigences et d’aboutir à une paix durable dans la région, ces nations doivent favoriser le concept de Gestion intégrée par bassin versant (GIBV) du cours du Jourdain en se basant sur les thèmes qui pourraient constituer un dénominateur commun entre les nations conformément aux principes des textes législatifs onusiens. Ces documents constituent des plateformes de négociation contre la gestion hégémonique de l’eau tels que :

  • Convention des Nations unies sur le partage des cours d’eau internationaux non navigables (1997) et celle de l’UNECE de 1992.

Ces textes présentent de nouveaux concepts de Gestion intégrée par bassin versant (GIBV) et proposent de mobiliser une masse d’eau conventionnelle et non conventionnelle globale dans la région nommée Nouvelle Masse d’Eau (NME).

L’apport mobilisé serait donc d’environ 4 milliards m3/an. Ce volume doit être partagé équitablement entre les pays du bassin afin de restituer aux pays arabes leurs territoires occupés en 1967, à savoir, le plateau du Golan (Syrie) et les hameaux de Chebaa (Liban).

L’allocation de ce nouveau volume d’eau (4 milliards m3/an) entre États riverains doit se faire selon le concept du partage équitable et de l’utilisation raisonnable. Cette démarche doit se baser sur des critères techniques unifiés et bien définis afin d’éviter le gaspillage dans les secteurs d’exploitations.

Nous signalons que la solution de la problématique du Jourdain est essentielle afin de sécuriser l’eau pour les générations futures dans le cadre de l’adaptation au changement climatique.

Bekaa

Quelle a été votre action à la tête de la Direction Générale des Ressources Hydrauliques et Electriques au Liban ? Pouvez-vous nous en dire sur l’action de cette institution ?

La promulgation par le gouvernement libanais du plan stratégique décennal (2000-2010) sous forme de loi programme, mis au point par la DGRHE en 1999, a instauré le concept d’intégration dans l’approche technique de la GIRE (gestion intégrée des ressources en eau) Gestau Liban.

Ce plan décennal qui a été adopté par le gouvernement libanais et ratifié au Parlement sous forme de loi programme, s’articule autour des thèmes suivants : le stockage de surface (barrages et lacs collinaires), la recharge naturelle et artificielle de la nappe, la réhabilitation des réseaux d’eau potable et d’irrigation et l’amélioration de leurs rendements le traitement des eaux usées et leur réutilisation ainsi que l’alignement et la rectification des berges des rivières.

L’exécution du plan décennal et de la stratégie nationale du secteur de l’eau dans le cadre de la gestion intégrée des ressources en eau (la GIRE) devrait mener à une stabilité au niveau de l’eau, de la sécurité alimentaire et des besoins en eau potable. Cette nouvelle pratique de gestion a porté ses premiers fruits dans les pays émergents et son succès fera certainement écho dans notre pays.

Le bilan hydrique au Liban atteindra des valeurs positives jusqu’en 2025. A partir de 2025, il faudra prendre des mesures prioritaires pour moderniser ce plan stratégique et s’investir dans l’eau non conventionnelle (dessalement, résurgences, eaux grises et la réutilisation des eaux usées).

Montagne

Face aux problématiques environnementales, quels dispositifs met en place le Liban à l’heure actuelle ?

L’exécution du plan décennal et de la stratégie nationale du secteur de l’eau dans le cadre de la gestion intégrée des ressources en eau (la GIRE) devrait mener à une stabilité au niveau de l’eau, de la sécurité alimentaire et des besoins en eau potable.

A partir de 2025, il faudra prendre des mesures prioritaires pour moderniser ce plan stratégique et s’investir dans l’eau non conventionnelle (dessalement, résurgences, eaux grises et la réutilisation des eaux usées).

En outre, l’exploitation de l’eau disponible et renouvelable, ne suffirait plus pour répondre aux besoins de la population durant les saisons de sécheresse. Plus encore, l’utilisation excessive de l’eau souterraine par les secteurs publics et privés a engendré de nombreux problèmes qui ont été définis précédemment dans ce texte.

Pour tous les responsables au Liban, le plus grand défi réside dans la participation à un processus global qui exige une volonté ferme de la part des décideurs politiques pour parvenir à appliquer une politique hydraulique sur tout le territoire libanais.

Pour en savoir plus sur l'économie du Liban, découvrez notre vidéo avec tous les chiffres clés :

 

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