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///   Changement climatique en Méditerranée : un petit souci pour le Liban ?

par Nour Ben Omar le
Selon Julie Harb, le Liban n’accorderait pas une priorité aux questions relatives à la protection de l’environnement et au changement climatique, bien que le pays soit impacté par ses effets.

Au Liban, l’énergie serait responsable de plus de 50% des émissions de gaz à effet de serre. En parallèle, l’agriculture et les ressources en eau seraient le plus touchées par le phénomène du changement climatique.

Il convient de noter que le pays a entrepris des efforts par le passé, en vue de promouvoir le secteur des technologies propres. A titre d’exemple, le gouvernement a récemment aboli les taxes et frais de douanes pour les véhicules hybrides.

Néanmoins, tous les pays du sud de la Méditerranée, à l’exception du Liban, ont ratifié l’Accord de Paris. En 2014, le Pays du Cèdre a atteint son niveau le plus élevé d’émissions de C02 depuis 50 ans (24 070,19 mètres cubes) selon les données fournies par la Banque Mondiale.

Ce phénomène préoccupant a fait l’objet d’une étude de cas réalisée par l’Institut de la Méditerranée/FEMISE, dans le cadre du rapport co-publié avec ENERGIES2050. La dernière édition du rapport " Les Défis du Changement Climatique en Méditerranée " publiée en mai, est disponible en téléchargement ici. Ce dernier offre un éclairage sur la place spécifique du bassin méditerranéen dans le nouvel Agenda climatique international.

Julie Harb (Université Saint-Joseph de Beyrouth, membre de l’Institut de la Méditerranée / FEMISE) fait partie des jeunes chercheurs qui ont contribué au rapport. Dans cet entretien, qui se focalise sur le cas libanais, l'experte souligne la nécessité d’entreprendre davantage d’efforts publics pour la protection environnementale et le besoin d’un changement des mentalités et des habitudes de consommation, face au changement climatique.

Changement climatique et économie libanaise

Entretien avec JULIE HARB, Université St Joseph (Liban), Institut de la Méditerranée et FEMISE

Julie Harb (Université Saint-Joseph de Beyrouth, Institut de la Méditerranée, FEMISE)

Julie Harb (Université Saint-Joseph de Beyrouth, Institut de la Méditerranée, FEMISE)

1) Dans l’accord de Paris, les pays se sont engagés par le biais des CDN (contributions nationales déterminées). Tous les pays du sud de la Méditerranée, à l’exception du Liban, ont ratifié l’Accord de Paris. Comment s’explique cela ? 

Malheureusement, dans son agenda politique le Liban ne donne pas une grande priorité à la question du changement climatique et à la protection de l’environnement bien que le pays commence à sentir les effets du changement climatique. D’autres questions, comme celle des élections législatives, sont percues comme plus importantes. Par aillers, ratifier l’Accord de Paris imposerait au Liban l’application des dispositions du traité, ce qui influencerait les politiques publiques et les mécanismes de protection. Comme les autorités ne voient pas dans cette question une priorité, l’accord est perçu comme un « poids lourd » en terme de législation mais également en termes de dépenses.

2) Quelles forces et efforts en cours pour la protection de l’environnement et pour limiter l’impact du changement climatique au Liban ? Quels exemples sectoriels à mettre en avant ?

Il faut noter que l’Etat a fait quelques efforts par le passé sur la protection de l’environnement par le biais de certaines législations: c’est le cas par exemple de la loi no. 444/2002 de la protection de l’environnement qui présente la seule législation majeure qui traite directement du changement climatique au Liban ou la loi 341/2001 sur la réduction de la pollution de l’air par les transports qui mentionne indirectement la protection de l’environnement. De même sur le plan exécutif, on note certaines initiatives comme la création d’un Conseil national pour l’environnement qui comprend 7 ministères et 7 entités non publiques censé préparer des plans et des politiques, soutenir, intégrer et suivre toutes les politiques du ministère et tous les conventions et traités. Une unité nationale de coordination sur le changement climatique (UCCC) a été mise en place pour coordonner un total de 40 représentants qui traitent directement ou indirectement du changement climatique.

Sur le plan sectoriel, un projet d’énergies renouvelables a été mis en place pour fournir 20 MW d’énergie solaire et aurait dû être finalisée en 2016. Cependant, à ce jour, cette ferme photovoltaïque ne fournit que 1 MW . Le ministère de l’Énergie et de l’Eau a émis plusieurs lois concernant ce secteur mais malheureusement aucun décret d’application n’a été ajouté au texte.

3) Quelles sont les principales faiblesses pour combattre les effets du changement climatique au Liban ?

Malgré un grand nombre de décisions, lois et initiatives, des problèmes persistent quant à la lenteur du processus qui traitera cette question. La présence de multitudes d’organes et d’organismes responsables de la protection de l’environnement pourrait être la cause de cette lenteur. Le manque de coordination augmente le poids de la bureaucratie et engendre une fragmentation de la question. Néanmoins, je trouve à titre personnel que l’essence du problème réside dans le manque de la volonté des responsables et autorités à traiter cette question.

4) Les ONG et la société civile contribuent-elles au changement de mentalités ? 

Depuis quelques années, les ONG et la société civile jouent un rôle très important en éveillant l’attention de la population libanaise sur la question de la protection de l’environnement tout en créant une culture de développement durable, mais aussi en changeant les mentalités, en incitant au recyclage depuis les écoles et institutions éducatives. Toutefois, malgré le grand travail fourni par ces organisations au niveau de la société, cette dernière n’arrive pas à suffisamment influencer les politiques publiques et les décisions politiques. Un travail de plaidoyer plus appuyé serait nécessaire.

5) Quelles sont selon vous les actions prioritaires à adresser et comment ? 

La résolution de la question des déchets qui a débuté en 2015 et qui jusqu’à ce jour n’a pu être réglée d’une façon efficace devrait être inscrite en premier dans l’agenda de la protection environnementale par les autorités. En tant que citoyenne libanaise je trouve que cette résolution nécessite un plan précis de long terme préparé en amont ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Une deuxième priorité serait celle du nettoyage de la mer : en effet, face à la crise des déchets, l’état a pris la décision de créer des zones de déchets à côté de la mer, ce qui signifie qu’en période de tempêtes,ces déchets ont été dispersés dans la mer nuisant à l’écosystème marin et à la qualité de vie des populations.

Par ailleurs, les ONG libanaises en manque de soutien devraient établir davantage de partenariats avec des organisations internationales qui agissent en matière de changement climatique et qui pourraient adapter leurs solutions localement et accroître la capacité d’adaptation de l’économie libanaise.

Propos recueillis par Constantin Tsakas

Pour en savoir plus, découvrez nos vidéos sur l’actualité économique au Liban et en Méditerranée : 

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