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///   Ambition Africa : Quand la France rêve d'Afrique, ce "continent d'avenir"

par Camille Dubruelh le
Le forum Ambition Africa a réuni pendant deux jours à Paris les acteurs clés de l'économie française et africaine. Cette rencontre business avait un objectif : booster les relations entre l'Afrique et la France, qui se veulent aujourd'hui basées sur les partenariats du secteur privé. Reportage

"Parce que c’était lui, parce que c’était moi". C’est sur ces mots de l’auteur français Montaigne que le Sommet Ambition Africa s’est ouvert à Paris, le 30 octobre. Si l’histoire entre la France et l’Afrique est lourde, complexe et douloureuse, les décideurs des deux rives entendent bien en ouvrir une nouvelle page.

Dans ce cadre, le forum, organisé par Business France et le ministère français de l’Economie et des Finances, a réuni pendant deux jours les acteurs économiques de France et du continent. Objectif : convaincre les investisseurs français de soutenir les projets africains et faire ainsi face à la concurrence féroce d'autres puissances déjà très présentes sur le continent. 

"S'investir en Afrique"

Au total, ce sont 1200 entreprises, dont 500 venues d’Afrique, qui étaient présentes à l’événement. "Les entreprises françaises ne se contentent pas d’investir en Afrique, elle s’investissent en Afrique", a témoigné Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères français, dès l’ouverture. Et le responsable le martèle, il ne s’agit pas "que de mots, mais de concret". Preuve en est selon lui, l’initiative "Choose Africa", par laquelle l’allocation de passeports d’études ont notamment été facilités. "Des moyens ont été annoncés et sont au rendez-vous pour créer les conditions d’un secteur privé florissant", a insisté le responsable.

Les décideurs se sont voulus unanimes, le temps est venu d’une relation "gagnant-gagnant", avec en ligne de mire, une croissance partagée et durable. Et cette ambition passe désormais, non plus par les Etats, mais par le secteur privé. Ainsi, les représentants d’institutions ont distillé quelques chiffres parlant sur cette collaboration : la multiplication par 10 des investissements des entreprises françaises sur le continent depuis le début des années 2000, créant 600 000 emplois directs et indirects. 

"Les défis sont nombreux : transition écologique, emploi, explosion démographique… Plus nous travaillerons ensemble, plus nous pourrons les relever. Et les partenariats commerciaux sont les meilleures réponses, en particulier avec les petites entreprises", a ainsi assuré Agnes Pannier Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances. Car si plusieurs pays africains sont aujourd’hui les champions du monde de la croissance, ils manquent encore de capitaux. Et c’est tout l’enjeu, mobiliser le capital du secteur privé, comme l’a rappelé Charles Mwaura Inga, secrétaire d’Etat au Commerce et à l'Industrie du Kenya.

Une idée largement partagée par l’invité de marque de cet événement, l’homme d’affaires et philantrope nigérian Tony Elumelu, dont la venue a provoqué un véritable raz-de-marée.

"En Afrique, nous sommes très innovants, mais nous n’avons pas accès au capital et au financement", a-t-il déploré lors de son intervention, avant d’être bousculé par tous ceux qui souhaitaient immortaliser l’instant privilégié d’une rencontre avec celui que beaucoup considèrent comme un modèle. "L’Afro-capitalisme est une approche basée sur le secteur privé, sur l’investissement de long terme. Et nous avons besoin de ça".

De "l'Afro-optimisme" à "l'Afro-vigilance"

Côté français, la vision est partagée. L’aide publique au développement n’est plus une fin en soi aujourd’hui, assurent les acteurs. Mais l’idée est plutôt de mobiliser les ressources de finances publiques pour embarquer le maximum d’acteurs afin de soutenir la croissance. Et, loin de la vision d’une France trop longtemps donneuse de leçon, de se servir aujourd’hui des expériences africaines pour faire aussi avancer l’Europe. "En Afrique il y a des unions bancaires complètement finalisées, ce qu’on n’arrive pas à faire en Europe", a cité Rémy Rioux, directeur de l’Agence française de développement, se réjouissant d’un "moment africain spectaculaire".

"Nous partageons tous un Afro-optimisme et une Afro-impatience, mais nous avons aussi besoin d’Afro-vigilance", a-t-il tout de même tempéré.

Lors de ces deux intenses journées, les tables-rondes ont aussi été l’occasion d’échanger sur de nombreuses thématiques : place des femmes, santé, énergie, formation… Même si les débats fâcheux ont été soigneusement évités, à l’instar de celui qui préoccupe nombre d’Africains, le Franc CFA.

Le consensus était en tout cas de mise sur la manière de faire avancer l’Afrique : le digital offrira le moyen au continent d’ouvrir sa propre voie de développement. Les chiffres sont connus et ont été rappelés à l’envie : les TIC vont contribuer à la croissance du PIB africain à hauteur de 10% d’ici 2025. Avec des applications dans tous les domaines, notamment la santé ou encore l’agriculture. Avec un milliard de bouches à nourrir, l’Afrique peut en effet être un géant agroalimentaire, ont assuré les participants qui prônent la transformation locale des matières premières.

Une "vitrine" transparente ?

"Le continent est un marché à part entière et un marché d’avenir", a expliqué Sami Agli, du Forum algérien des Chefs d’Entreprises. "Il est temps de mettre en place un partenariat gagnant-gagnant et d’instaurer une responsabilité sociale et écologique. Le temps est fini de percevoir le continent africain comme celui où l'on peut se servir en matières premières".

"Notre projet, c’est le développement de l’Afrique par les PME", a insisté de son côté Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie et des Finances. "2,5 milliards d’euros, ce sont les fonds disponibles immédiatement pour les PME africaines", a-t-il poursuivi, assurant que la France avait choisi de faire du financement en fonds propres l’un des piliers de son action en Afrique.

Pendant ces deux jours, Ambition africa s’est donc voulu la vitrine de la nouvelle approche entre la France et l’Afrique, une "répétition générale" avant le grand sommet Afrique-France, qui réunira les chefs d’Etats de tout le continent à Bordeaux en avril 2020. Encore faut-il que ces grands rendez-vous soient suivis d’actes concrets et cette vitrine assez transparente pour laisser entrevoir la réalité des relations entre la France et l’Afrique.

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