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///   Covid-19 : «  Une nouvelle gouvernance mondiale est à espérer. Un nouvel ordre mondial est à construire « par Jean-Louis Guigou le président de l'IPEMED 

par Denys Bédarride le
Cette crise sanitaire et économique nous atteint tous et toutes dans nos corps et/ou dans nos esprits. Nos villes sont silencieuses. Nous y sommes tous confinés. Ainsi, l’essentiel de notre temps est consacré à la réflexion, à des lectures et surtout à de longs échanges par courriel, sms, téléphone….Le réseau IPEMED est très créatif, prospectif, ambitieux, engagé. Après plus d’un mois de confinement, voici le fruit de nos réflexions sur ce que doit devenir notre monde. 

 guigou

Nous sommes très nombreux à prendre conscience de la fragilité de la vie et de la vulnérabilité du vivant. Serrer une main, embrasser un ami peut conduire à la mort. Nous avons maltraité la Nature. Elle se venge. Les écosystèmes et les équilibres biologiques locaux sont détruits, la déforestation prospère, l’usage des insecticides s’intensifie, les pollutions diverses détruisent la biodiversité et les êtres humains –un million d’espèces animales et végétales sont menacées. 

D’après les scientifiques, cette maltraitance de la nature a libéré des virus, des insectes, des bactéries que l’Homme ne sait plus maîtriser. Les crises sanitaires et les épidémies se multiplient et s’amplifient, touchant directement l’homme (le SIDA en 1981, le SRAS en 2003, Ebola de 2013 à 2015, le Coronavirus en 2020) mais aussi les animaux (la vache folle en 1995, la grippe aviaire en 2004 et la grippe porcine en 2014). 

 

Cette crise de Covid 19 est sans doute la plus meurtrière et la sortie de crise donnera lieu à des conflits sur les visions de l’avenir.

 

Sur le plan économique :

- soit, ce sera comme en 1945 : après des années de privation, nous reviendrons « à la normale », relancerons la machine économique, consommerons avec exagération et de profiterons à nouveau, à court terme, des bienfaits de la croissance tant souhaitée mais illusoire… et la prochaine crise sanitaire menacera ; 

- soit nous nous orienterons vers un nouveau modèle économique, moins prédateur et économe de la Nature.

 

Du choix de ces visions dépend l’avenir de l’Humanité, car la prochaine crise risque d’être pire que l’actuelle

 

Sur le plan politique, il faudra essayer de rendre compatibles l’autorité régulatrice de l’État et de la puissance publique avec le maintien des libertés individuelles et collectives, vaste débat en France et en Europe. 

Sur le plan culturel, il faudra revenir à l’essentiel – la protection de l’humain et de son milieu – et retrouver du sens, voire en inventer, pour faire tenir nos sociétés.

 

Par bonheur, devant la complexité des problèmes à résoudre, nous assistons au retour des scientifiques. Dans le domaine du climat, c’est le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) ; dans le domaine de la santé, ce sont les comités scientifiques et éthiques ; dans le domaine de l’alimentation, c’est la plateforme EAT-Lancet 2019. Les plateformes internationales d’expertise se multiplient dans tous les domaines et sont souvent de très grande qualité. 

 

Cette démarche scientifique internationale conduit à des diagnostics partagés.
 

Elle réhabilite aussi le temps long, la prospective, la planification et l’anticipation. N’oublions pas que « l’avenir ne se prévoit pas, il se prépare » (Maurice Blondel).

Certes, les scientifiques doivent monter en première ligne pour proposer des diagnostics et des solutions, mais l’autorité politique doit garder la maîtrise des choix et l’élaboration des compromis, car la société est par nature multidimensionnelle.

Les scientifiques éclairent et aident les politiques à prendre des décisions, mais ils n’ont ni la prétention ni la légitimité démocratique pour effectuer des choix de société.

 

Face à cette crise du Covid-19, nous devrions admettre que nous sommes tous responsables (et peut-être certains plus que d’autres…) 

La puissance publique n’a pas su anticiper et l’État, qui se dit providence, entend protéger les citoyens alors qu’en réalité les citoyens veulent être informés et comprendre pour agir par eux-mêmes. Sont aussi responsables : un trop grand nombre d’entreprises internationales qui, depuis trente ans, ont délocalisé une grande partie de leur appareil de production ; l’agro-industrie qui a contribué à la destruction des écosystèmes ; les consommateurs qui en ont profité… 

 

Nous sommes tous responsables et devrons modifier nos comportements, nos représentations et nos modes de production et de consommation. Le retour à la situation ex ante serait mortel. En particulier, nous devons reprendre en mains, à chaque niveau, une partie de notre destin. Décentraliser, régionaliser, localiser les responsabilités et les productions. Si l’Allemagne s’en sort mieux, cela tient à son régime fédéral. Les 16 ministres allemands de la santé (car 16 Länder) sont plus efficaces que le seul ministre de la santé des autres pays centralisés. 

 

Par ailleurs, une nouvelle Gouvernance mondiale est à espérer avec la reconnaissance de la puissance de la Chine et la place à réserver aux pays émergents, dont l’Afrique. L’hégémonie des pays occidentaux d’après-guerre est épuisée. Et les grandes organisations internationales sont déstabilisées (ONU, UNESCO, OMC, FMI, etc…). Un nouvel ordre mondial est à construire pour coordonner dans la solidarité et réguler à l’échelle de la planète les défis qui menacent toutes les dimensions du vivant : la santé, l’alimentation, le climat.

 

Ce nouvel ordre mondial à constituer n’empêche pas la régionalisation de l’économie de progresser : 80 % des échanges commerciaux de l’Europe se font au sein de la région Afrique/Méditerranée/Europe. Cette grande région AME reste à construire, comme les Asiatiques ont construit l’ASEAN+3 et les Américains avec l’accord ACEUM (ex ALENA) et l’UEA (Union des États Américains). 

Nous sommes de plus en plus nombreux à penser qu’entre l’État-Nation et le niveau mondial, il y a la place pour de nouveaux espaces régionaux de régulation collective. L’Union européenne devrait en sortir renforcée.

 

Nous sommes nombreux aussi à penser que l’intérêt de l’Europe, comme celui de l’Afrique, est de se rapprocher. Nous avons trop de défis communs à surmonter ensemble et de valeurs à préserver.

Les relocalisations et la réduction des chaînes de valeur vont contribuer à renouer les liens entre pays proches et complémentaires. La recherche d’une plus grande souveraineté économique va accélérer ce mouvement de régionalisation et contribuer à arrimer les deux continents, l’Europe et l’Afrique, via la Méditerranée qui est notre continent liquide commun.

Cette épreuve est collective mais aussi individuelle. Au niveau collectif, comme pendant la seconde guerre mondiale, le clivage va s’opérer entre, d’une part, les « Progressistes » qui vont se battre pour des valeurs d’intérêt général, de long terme, de solidarité, et inventer comme en 1945 de nouveaux instruments pour renforcer les cohésions nationale et internationales et promouvoir un nouveau modèle plus respectueux de la Nature,  et d’autre part, les « Conservateurs » qui vont militer pour « le retour à la normale », au court terme, au consumérisme et à l’égoïsme qui ont triomphé depuis un demi-siècle. 

 

Au niveau personnel, notre vie intérieure est perturbée par la redécouverte de la vie familiale, de la proximité, de la solidarité, de la lecture, du silence et des bienfaits de la sieste pour ceux qui ont le bonheur de la pratiquer… mais découverte aussi des gestes de survie, de la solitude et de l’angoisse. L’actuelle crise impose à tous de retrouver l’essentiel. 

Le moment est venu de faire le ménage intérieur de printemps, méditer, lire, échanger, se recueillir et cultiver son jardin. Chaque épreuve porte en elle l’espérance. Aujourd’hui, on doit se réinventer pour durer.

 

L’IPEMED est l’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen 

 

 

 

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